Professionnalisation des paramédics

Shakespeare a écrit que « Certains sont nés grands, certains atteignent la grandeur, et certains ont la grandeur imposée à eux ». Individuellement, je sais que chaque paramédic correspond à l’un de ces sous-ensembles, mais je suggère que nous-mêmes comme paramédic avons besoin de créer notre propre grandeur. Un moyen peut-être d’atteindre cette grandeur est par le privilège extraordinaire qu’est l’autorégulation.

Toutes les professions ne devraient pas être autorégulées, et elles ne méritent pas toutes l’autorégulation. Les professions jouissent de ce privilège parce que les organismes de réglementation ont confiance que les professionnels mettront de côté tout égoïsme pour promouvoir l’intérêt public. Historiquement, le terme de profession ne s’appliquait qu’aux professions traditionnelles du droit, de la médecine et de la théologie. Certaines professions demeurent dans l’ombre et insistent sur le fait qu’elles sont des professions parce qu’elles disent vouloir le privilège de l’autoréglementation poussée sur elles tandis que d’autres semblent atteindre le statut comme si c’était leur destinée. Pour tous les autres, la question demeure : que faut-il pour devenir une profession réglementée ?

Qu’est-ce qu’une profession ?

Premièrement, nous devons trouver une définition. Trouver une définition exacte du terme « profession » et comment exprimer la portée et l’ampleur d’une profession donnée a fait l’objet de débats depuis plus d’un siècle. En 1915, Abraham Flexner a préparé le rapport séminal sur l’état de l’éducation médicale au début des années 1900 en Amérique et au Canada. Le « Rapport Flexner » a permis de quantifier le système d’éducation médicale moderne que nous connaissons aujourd’hui. C’est au cours de cette « ère progressive » au début du XXe siècle, caractérisée par un activisme social généralisé et une réforme politique des années 1890 aux années 1920 que de nombreux groupes professionnels ont commencé à revendiquer un statut professionnel en tant qu’experts afin qu’ils puissent exercer leur influence et être capables de contrôler une variété de questions sociales.

En 1998, Patricia Schwirian, qui a publié de nombreux ouvrages sur le professionnalisme en soins infirmiers, distingue une profession à part entière d’une semi-profession et d’un métier dans les termes suivants : «… une profession peut être définie comme un métier prestigieux qui a un degré élevé d’identification parmi les membres, qui requiert une éducation longue et rigoureuse dans un cours intellectuellement exigeant et basé sur la théorie; qui engage dans une rigueur d’autoréglementation et de contrôle; qui détient l’autorité sur les clients; et met le service à la société au-dessus de son simple intérêt personnel ». Au lieu de décrire les soins infirmiers, cela pourrait facilement décrire la paramédecine.

Un simple regard sur nos collègues de l’hémisphère sud, Professions Australie a défini une profession comme suit :

« … un groupe discipliné de personnes qui adhèrent aux normes éthiques et qui se présentent comme tel et sont acceptées par le public comme possédant des connaissances et des compétences particulières dans un corps d’apprentissage largement reconnu issu de la recherche, l’éducation et la formation à un haut et qui sont disposés à appliquer ces connaissances et à exercer ces compétences dans l’intérêt des autres ».

Le degré d’implication d’un gouvernement dans une profession est une des mesures de l’autoréglementation, mais l’autoréglementation sans supervision externe est rare. D’une manière générale, il existe trois principales formes d’autoréglementation. La première forme est l’autorégulation volontaire, où l’élaboration et l’exécution de règles sont accomplies en privé par la profession elle-même, sans aucune participation directe du gouvernement. La deuxième forme prévoit une autoréglementation complète, où la réglementation et l’exécution sont privatisées de manière comparable à l’autorégulation volontaire, sauf que le programme de réglementation est officiellement sanctionné et surveillé par le gouvernement et, si nécessaire, prendra des mesures pour en assurer l’efficacité. La troisième est l’autorégulation partielle obligatoire. Alors que l’autoréglementation totale autorisée privatise à la fois la réglementation et l’application, l’autoréglementation partielle autorisée limite la privatisation à l’une ou l’autre des fonctions réglementaires, mais pas aux deux. Il existe deux approches fondamentales de l’autoréglementation obligatoire : l’application par le public de règles écrites privées et l’application interne par le gouvernement de règles publiquement écrites.

Pour que les paramédics prennent au sérieux le potentiel d’autoréglementation, il s’agit de comprendre les formes et les limites de l’autorégulation réelle. L’autorégulation n’est pas une voie facile. Il y aura toujours un examen minutieux et souvent nos actions seront mises en question et examinées par des personnes qui ne comprennent pas complètement notre profession. De même, il y aura des gens au sein de notre industrie qui perdent de vue le plus grand bien et peuvent choisir l’ambition personnelle plutôt que celle du patient que nous sommes appelés à servir. William E. Brown, ancien directeur général du Registre national des techniciens médicaux d’urgence (NREMT), basé aux États-Unis, a déclaré : « Il s’agit de protéger le public. Si vous ne le faites pas, rien de tout cela n’importe ». Dans tous les modèles d’autoréglementation professionnels, en échange de pouvoirs réglementaires, l’organisme de réglementation devrait agir dans l’intérêt du public, que ce soit explicitement indiqué dans la loi habilitante ou non.

Pour que l’autoréglementation des paramédics réussisse, nous devons nous assurer que le concept de protection du public est primordial et que nous, en tant qu’autorégulateurs, traçons un chemin avec une forte composante morale qui assure les principes auxquels nous adhérons, les pratiques que nous cherchons à contrôler et mettre en évidence cet engagement envers les patients et le public que nous prenons soin.

Adopter ces idées ne suffit pas. Les activités d’autoréglementation doivent être transparentes et une solide boucle d’amélioration de la qualité doit être en place pour démontrer la responsabilité de l’industrie à l’égard de l’autoréglementation. L’autoréglementation ne peut réussir seule. Nous devons nous tourner vers nos partenaires dans la communauté médicale et dans la réglementation gouvernementale pour développer et favoriser une stratégie de réglementation publique / privée qui permet à la paramédecine de grandir en tant que profession et de s’améliorer en permanence pour être plus efficace, plus intelligente et ne jamais perdre de vue la protection du public. Beaucoup de paramédics qui veulent voir un degré plus élevé d’autorégulation croient que cela profitera à la profession, mais alors que c’est juste une poursuite, l’objectif ne peut pas être de simplement enrichir la paramédecine. L’objectif doit être de créer un schéma selon lequel toutes les décisions et toutes les activités au sein de l’industrie sont faites dans l’intérêt du public, de protéger le public contre les praticiens incompétents ou contraires à l’éthique et assurer la prestation efficace de la plus haute qualité de soins.

Les paramédics se livrent à des domaines de pratique spécialisés qui nécessitent des connaissances et une expérience additionnelles substantielles au-delà de celle d’un praticien débutant. L’évolution historique de la paramédecine a créé une situation où la pratique spécialisée n’est pas bien définie ou acceptée, mais est exigée. Les organismes de réglementation gouvernementaux ont été mis en place de façon à substituer le modèle d’autoréglementation professionnelle observé en médecine et dans de nombreuses autres professions de la santé en raison de divers facteurs historiques et politiques. Les médecins ont Hippocrate, les infirmières ont Florence Nightingale, mais les paramédics sont la seule profession médicale créée par un acte du gouvernement.

Une réglementation appropriée de la pratique spécialisée s’est développée au cours des deux derniers siècles, il n’est donc pas déraisonnable pour la profession relativement jeune de la paramédecine de ne pas avoir des processus de certification de spécialités bien définis. Il existe de nombreux modèles en médecine, en soins infirmiers et dans d’autres professions de la santé connexes pour une éducation spécialisée, un examen et une pratique efficaces, sécuritaires et normalisés. Le passage à l’autoréglementation peut être le meilleur modèle. L’International Board of Speciality Certification – IBSC (anciennement le Board for Critical Care Transport Paramedic Certification – BCCTPC), qui a été créé en 2000, est un exemple d’un conseil spécialisé organisé et fonctionnel qui pourrait étendre sa mission à toutes les spécialités paramédicales. La réussite du programme Certified Flight Paramedic (FP-C) a créé un moyen universellement reconnu pour les professionnels de la santé, les employeurs et le public de comprendre que les paramédics titulaires de cette certification spécialisée ont des connaissances supplémentaires dans le domaine de la paramédecine comparativement à un paramédic débutant. Le développement d’un organisme d’autoréglementation au sein de la paramédecine qui n’est pas définie par des frontières géopolitiques, chacun avec son propre plan unique et différent pour traiter la pratique dans les domaines spécialisés fragmenterait davantage la paramédecine, stagnerait l’avancement de la profession et perpétuerait les barrières juridictionnelles. Une approche privilégiée serait la création d’un seul conseil collaboratif, indépendant, basé sur la profession, des spécialités paramédicales pour administrer le processus de certification de ces spécialités dans les services paramédicaux à travers le monde. Une telle approche servirait à assurer la sécurité du public tout en faisant progresser le statut et l’appui des praticiens paramédicaux parmi leurs collègues en soins de la santé.

En résumé, l’autoréglementation est entreprise pour protéger le public en permettant à ceux qui comprennent le mieux la profession d’avoir le rôle principal dans la réglementation de la pratique de la profession. Les objectifs de l’autoréglementation des paramédics se retrouvent dans une combinaison de modèles existants avec des critères bien établis pour la certification et le permis d’exercice et de nouveaux domaines où l’administration et les orientations de la profession créent et imposent le code de déontologie, les règles de conduite professionnelle et les normes de pratique. Pour ce faire, un conseil professionnel doit tenir un registre public qui contient des renseignements sur les personnes inscrites à la profession, avoir un système ouvert et intègre pour enquêter sur les plaintes concernant les membres de la procession, puis sanctionner et discipliner les paramédics selon les besoins.

 

Par John R. Clark, JD, MBA, NRP, FP-C, CCP-C, CFC, CMTE
Traduction libre tirée de Canadian Paramedicine, sous autorisation.




0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire